mardi 15 juin 2010

Chili : Tsunami social et politique aussi…

En même temps que le triomphe du candidat Piñera – héritier indirect du Pinochetisme- a mis fin à la période de la soi-disant transition vers la démocratie commencée 20 ans plus tôt ; le tremblement de terre et le ras de marée du 27 février dernier ont mis fin à l’image d’un Chili promoteur d’un bien-être économique et social proche des pays riches européens. Illusions fabriquées par les mass média et le gouvernement de la Concertation.

Le tremblement de terre de magnitude 8,8 sur l’échelle de Richter a secoué le centre et le sud du pays. Son épicentre se situait en mer, à quelques kilomètres des côtes de la région de Bio-Bio et du Maule. La dimension du sinistre a mis en lumière les conditions de vie précaires - héritées de la période de Pinochet- qui se sont prolongées ensuite durant 20 ans de co-gouvernance des socialistes convertis au social libéralisme et d’une fraction de la bourgeoisie représentée par le parti Démocrate Chrétien. La liquidation du rôle social de  l’état durant ces dernières 35 années est devenue manifeste juste après le tremblement de
terre. 

En effet, les organismes gouvernementaux n’ont pas pris la décision d’alerter les populations civiles malgré les communiqués prévisionnels, néanmoins tardifs, de raz de marée lancés par l’armée chilienne.

La présidente Mme Bachelet, dans une déclaration publique, a nié le danger de ‘tsunami’. Les autorités ne sont intervenues qu’après 3 jours, dans les villages côtiers affectés par le raz de marée. La présidente Bachelet et le candidat élu Piñera, chacun de leur côté, se sont contentés de survoler en hélicoptère les zones sinistrées et surtout, ont veillé à ce que
leur image apparaisse à la télévision.

Il a fallu 24 heures pour que des instructions soient adressées aux institutions en charge des secours. Les pompiers locaux et les réflexes de solidarité de la population côtière ont permis de sauver des vies en aidant les voisins à rejoindre les collines. La proposition d’aide immédiatement formulée par les pays étrangers a été rejetée par le gouvernement Bachelet, avec l’accord de Piñera, sous le prétexte qu’il fallait se donner le temps d’évaluer les dommages et d’estimer l’aide nécessaire. 

L’orgueil et le chauvinisme de la classe dirigeante et de ses exécutants les ont amenés à dire que le Chili était capable d’affronter le désastre par ses propres moyens. Cependant, dans les zones sinistrées, la population a commencé à dévaliser les supermarchés. Le  gouvernement Bachelet n’a laissé entrer l’aide internationale dans le pays que 3 jours plus
tard et craignait que les télévisions étrangères ne ternissent le cliché d’un Chili ‘moderne’, mettant en évidence une population civile abandonnée à son sort, sans ressources et aux
logements de pisé effondrés.

La population a été obligée d’entrer par effraction dans les supermarchés pour  s’approvisionner. Aussitôt les média et la maire de la ville de Concepcion, Jacqueline van Rysselberghe (devenue Préfet après la prise de fonctions de Piñera) ont criminalisé la réaction légitime de sinistrés sans ressources. Le gouvernement de Bachelet, avec l‘appui du candidat élu Piñera, a décrété le couvre-feu à partir de 18h30, avec l’aide de la police et de l’armée. La protection de la propriété privée a reçu la priorité au détriment de l’aide à  apporter aux plus affectés. A Conception, beaucoup de bâtiments récents se sont aussi effondrés. Ils ont moins bien résisté que les bâtiments anciens, à l’exception des logements en pisé, les normes antisismiques n’ayant pas été respectées. La supervision de ces normes a été abandonnée au nom du « moins d’Etat » et confiée au privé. La spéculation  immobilière, les constructions bâclées pour plus de profits, ont été la caractéristique du capitalisme néolibéral sous Pinochet et consolidé par le gouvernement de la Concertation.

Qui financera désormais la reconstruction ? Certainement pas les sommes collectées par le Téléthon. Le showbiz a accompli son rôle de cirque habituel pour éloigner la population du
problème central. Les routes construites depuis peu, se sont effondrées comme des châteaux de sable. Les télécommunications, les conduites d’eau potables et les câbles électriques ont été largement détruits. 46% des entreprises présentent des dommages structurels. Les employés ont été licenciés sans indemnisation, comme le permet, dans les cas de catastrophe naturelle, le code du travail hérité de la dictature. Piñera évalue à 30 milliards de dollars la reconstruction. Vendredi 16 avril, le président Piñera a surpris le pays avec un paquet fiscal qui double le coût de la reconstruction des infrastructures publiques. 

Les pertes publiques représentent 10 milliards de dollars, qui -compte tenu des assurances et des optimisations possibles- se réduisent à 8.431 millions de dollars. La surprise est que le
gouvernement demande 9.255 millions de dollars de ressources additionnelles pour financer son programme. Plutôt que taxer le capital transnational et la bourgeoisie locale, l’exécutif propose ainsi de recourir à la dette extérieure en utilisant les ressources du Fonds de  Stabilisation Economique et Sociale (« fonds souverains » se chiffrant à 11 milliards de dollars) et résultant de la Loi du Cuivre et de la vente d’actifs fiscaux. Assurément, le coût social du chômage et de la reconstruction de l’habitat n’est pas pris en compte par «l’économie sociale de marché» chilienne.

La « reconstruction » sera sans doute un marché très rentable pour les entreprises qui seront « sélectionnées » par le gouvernement et financées, comme cela a déjà été le cas, par les partis pinochetistes aujourd’hui de nouveau au gouvernement.

Patricio

Plus d’info sur ce thème (en espagnol) :
www.rebelion.org/apartado.php?id=341




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