mardi 6 octobre 2009

Washington amplifie sa présence militaire en Amérique latine

Face à montée de l’unité latino-américaine et au développement de blocs régionaux comme le sont l’ALBA (Alternative bolivarienne pour l’Amérique), PetroCaribe (accords pétroliers et sociaux), la Banque du Sud ou encore la Unasur (Union des Nations sudaméricaines) ; les Etats-Unis tentent de reprendre la main dans la région en augmentant drastiquement leur présence militaire.

Le gouvernement d'Alvaro Uribe a annoncé récemment son intention d’autoriser les Etats-Unis à utiliser sept bases militaires en territoire colombien, officiellement pour combattre le trafic de drogue et les groupes insurgés. De cette façon, Washington s’offre en fait une porte d’entrée sur tout le continent et ses ressources naturelles, parmi lesquelles l’Amazonie. La Colombie dispose en effet de cinq frontières (avec le Panama, le Venezuela, le Brésil, le Pérou et l'Equateur) et d’un accès à deux océans (Pacifique et Atlantique par la mer des Caraïbes).

Jusqu’à présent la politique de Washington avait consisté à surarmer la Colombie, son allié stratégique dans la région, et créer ainsi un déséquilibre militaire en faveur de celui-ci face à d’autres pays considérés comme des menaces potentielles. Stratégie bien connue et qui a fait ses preuves au Proche-Orient avec l’Etat d'Israël. Depuis 2000, les Etats-Unis ont apporté plus de 5,5 milliards de dollars à la Colombie à travers le Plan Colombia. Le pays est ainsi devenu le premier récepteur d’aide militaire étasunienne du continent et le troisième du monde.

Alors que les médias accusent fréquemment le Venezuela d’être le responsable d’une course aux armements en Amérique latine (notamment pour ses achats d’armes ou d’avions Sukhoi à la Russie), très peu se donnent la peine d’expliquer ce qui se passe en Colombie et quel budget y est dépensé en armement. Avec l’excuse de la "lutte contre le terrorisme" (dans ce cas-ci les FARC, l’ELN et les groupes paramilitaires d'extrêmes droite), les forces armées colombiennes sont en fait les mieux équipées du continent.

Alors que le Brésil, le plus grand pays du cône sud, consacre 1,5% de son PIB à la défense, la Colombie en consacre officiellement 3,8%. Et selon le journaliste uruguayen Raúl Zibechi, des études indépendantes estiment que les dépenses militaires de Bogota s’élèvent en réalité à 6,5% du PIB, bien au-dessus des dépenses des Etats-unis eux-mêmes en la matière.

De plus, la Colombie est aussi le pays qui destine la plus importante partie de son budget militaire à l’acquisition d’équipements, 25%. Alors que le Venezuela y destine dix fois moins, 2,3%. La Colombie dispose également de la plus grande armée du continent. Ses troupes sont passées de 86 000 effectifs en 1986 à 120 000 en 1994. Ce chiffre a ensuite doublé en à peine 15 ans avec le lancement du Plan Colombia, atteignant les 217 000 actuellement. Cependant, si on ajoute à cela la totalité des effectifs de défense, de sécurité et de police, on comptabilise 460 000 hommes. Face à cela, le Venezuela voisin ne pèse pas très lourd avec ses 63 000 hommes.

En plus des sept nouvelles bases dont ils disposeront très prochainement en Colombie, les Etats-Unis peuvent également compter sur leurs installations militaires dans les pays suivants : Honduras, El Salvador, Costa Rica, Pérou, Paraguay, ainsi que sur îles de Aruba, Curaçao, Puerto Rico et Cuba (Guantanamo). La fermeture de la base équatorienne de Manta (suite au refus du président Correa d’en renouveler le contrat) est donc plus que largement compensée.

Enfin, il est bon de rappeler qu’en juillet 2008 l’armée américaine avait réactivé sa Quatrième Flotte, chargée de patrouiller les mers du continent latino-américain. Cette flotte n’était plus active depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

mercredi 23 septembre 2009

Rassemblement de Solidarité avec le Honduras

Deux rassemblements sont prévus à Paris de solidarité avec la résistance du peuple hondurien et contre la répression après le retour de Zelaya au Honduras ce lundi 21 septembre :

- le jeudi 24 septembre à 18h Place Saint Michel à Paris
- le lundi 28 septembre à 18h Place Saint Michel à Paris

Pérou : en lutte contre la répression

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DR

Daysi Zapata est vice-présidente de AIDESEP (ASOCIACION INTERENICA DE DESAROLLO DE LA SELVA PERUANA), organisation à la direction des mobilisations pour la défense de leur peuple et des leurs territoires, contre les tentatives d’applications du Traités de libre échange négocié entre les Etats-Unis et le gouvernement du Pérou et contre les accords d’associations négociés avec l’Union européenne et ce pays.

Ces traités et ces accords signifient la mainmise des multinationales états-uniennes et européennes, par l’exploitation des richesses naturelles des territoires, le déversement des produits chimiques, des substances dangereuses dans les rivières ou dans le sol, contaminant les nappes phréatiques, l’empoisonnant les peuples indigènes et les populations entières qui, dans la plupart des cas, sont des paysans, mais aussi des ouvriers.

Sous la répression du gouvernement Garcia, même si la lutte des peuples originaires a obtenu des victoires partielles, comment se trouve AIDESEP aujourd’hui ?

En ce moment AIDESEP se trouve dans une conjoncture très difficile, parce que le gouvernement a cherché à nous diviser, il a cherché à nous priver de nos directions, ce qui a amené à notre dirigeant à se réfugier au Nicaragua1, mais malgré ces actions, nous n’avons pas baissé les bras, au contraire, nous sortons plus forts, plus puissants. Nous sommes devant une situation très difficile, dans une crise terrible, et le gouvernement au lieu d’assumer leurs responsabilités, sont en train de chercher à convaincre les indigènes à prendre la table de dialogue. Devant cela, il y a une préoccupation de AIDESEP, qui probablement sera contrainte à rompre le dialogue, parce nous ne pouvons pas continuer à subir l’effort des dépenses qui font payer aux frères dirigeants. Mais je répète, nous en sortons forts avec la conviction de continuer les luttes revendicatives parce que AIDESEP ne va pas changer son orientation.

Quelles sont les questions prioritaires posées par AIDESEP aujourd’hui devant les évènements récents en Amérique latine – le coup d’Etat en Honduras, les bases militaires en Colombie, la répression contre les Mapuches au Chili ?

En ce moment AIDESEP doit suivre un agenda très difficile. En ce moment nous demandons au gouvernement d’arrêter la persécution de nos dirigeants, car il y a une forte persécution politique du gouvernement, ainsi nous ne pouvons pas nous asseoir dans une table de dialogue pendant que nos dirigeants sont en persécutés ou sont en clandestinité, ainsi il y a un grand travail de la part de AIDESEP, et nous allons aussi vers les luttes des autres pays frères. Nous devons être respectés, ainsi que les gouvernements doivent respecter les droits humains. Nous devons avoir un regard vers les nouvelles générations parce que sinon elles vont nous rendre coupable en quelque moment pour ne pas défendre l’écologie, l’environnement, pour ne pas défendre la mère nature. Les femmes, plus que jamais, marquent l’histoire avec la ferme conviction de plus grande participation dans la politique, de faire parti des gouvernements pluralistes, parce que le gouvernement les a toujours mis à l’écart. Mais nous sommes ici pour faire entendre la voix des femmes, la voix de la jeunesse, la voix des enfants.

Qu’est ce que c’est passé à l’occasion de la 75ème section du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) à Genève ?

Lamentablement, je n’ai pas eu l’opportunité de participer à la réunion du CERD parce que l’ambassade suisse n’a pas voulu me donner le visa pour me déplacer vers l’Europe. C’est grâce aux amis des associations et partis français que j’ai pu venir. Je suis allé à la réunion, mais j’ai du partir en pleurant, quand j’ai pris la parole pour dénoncer la situation des peuples amazoniens quand on m’a fait taire et ne plus dire une parole. Ainsi je porte une mauvaise impression des Nations Unies, parce qu’il y a beaucoup d’injustices, mais ils ne nous écoutent pas. Nous y allons pour faire savoir sur la situation des peuples indigènes et non pas nous faire taire…

Les possibilités de retour de Alberto Pizango ?

Nous avons un travail d’ordre politique et technique pour faire revenir Pizango au Pérou. Nous ne tairons pas parce que Alberto Pizango est innocent. Il est l’un de nos dirigeants, est du Conseil national de AIDESEP et tout le mouvement dans son ensemble de l’Amazonie péruvienne mène un travail très important pour que le gouvernement change de position.

Que pensez vous faire pour le 12 octobre, jour de la Madre tierra (Mère nourricière) ?

Si en octobre il y a une initiative importante en Europe, je serai enchantée d’y participer pour faire écouter la voix des peuples, alors les partis pourront s'unir avec nous. Mais nous voulons aussi écouter les mouvements en Europe.

Nous vivons le moment de s’allier avec nous avec un seul poigne, une seule voix, pour pouvoir vaincre le gouvernement néo-libéral qui veut tuer le mouvement indigène et du Pérou entièrement.

Entretien fait le 16 agosto 2009 par Beatrice Whitaker.