lundi 16 novembre 2009

NPA : SOLIDARITES ET RESISTANCES

Le NPA a été au cœur de multiples initiatives de solidarité internationaliste cet été. Concernant l’Amérique latine, les attaques dirigées contre les peuples originaires du Pérou, l’augmentation des bases militaires états-uniennes en Colombie, le coup d’Etat au Honduras ont été au centre des mobilisations de solidarité tout au long de la saison. A la rentrée, à ces initiatives se sont ajoutés les messages des peuples originaires[1] de l’Abya Yala[2], décidées au FSM en janvier dernier. Depuis le 12 octobre 1492, victimes de l’extermination de leurs peuples, ces originaires ne cessent d’être victimes de l’anéantissement de leurs structures sociales, de l’exploitation et du pillage des ressources naturelles de leurs territoires. Les oligarchies, les gouvernements les plus rétrogrades et l’impérialisme répondent à la résistance des peuples indigènes par la criminalisation et par la violence militaire. Le massacre de Bagua, au Pérou, les répressions contre les Mapuches du Chili, en sont des exemples.

Cependant, les attaques se généralisent aussi aux autres secteurs du prolétariat. La lutte contre le licenciement des ouvriers de la firme multinationale Kraft en Argentine, la lutte contre la privatisation de l’entreprise de l’électricité en octobre au Mexique, en sont des exemples. Mais ces sont précisément les peuples originaires – les dits « indiens » – qui sont au cœur de la résistance aux saccages généralisés dans le continent, et le 12 octobre a été célébré dans plusieurs pays pour exprimer leur révolte[3].

Au Venezuela, les originaires ont été invitées à participer à une manifestation dans le centre de Caracas pour marquer la résistance de leur peuple. Depuis 2002 le 12 octobre est devenu un jour symbolique pour exprimer le refus du génocide, de la soumission et du saccage des ressources naturelles par l’empire espagnol, au lieu d’être commémoré comme le jour de la découverte de l’Amérique.

Au Chili, dans différentes villes et à Santiago, ont eu lieu plusieurs manifestations, convoquées par l’organisation Meli Witran Mapu, l’un des regroupements mapuches. Plus de 7500 personnes ont manifesté en soutien aux peuples mapuches, actuellement victimes de la répression du gouvernement Michelet, contre la militarisation du sud du pays, « contre le capitalisme, principal responsable des souffrances des enfants, des personnes âgées et des femmes ». Des représentants des diverses organisations ont fait partie des cortèges.


En Argentine, il y a eu des rassemblements, des actes politiques et des commémorations dédiées aux martyres de la résistance, avec le soutien d’innombrables organisations du mouvement social.

Au Brésil, le Mouvement métropolitain Xingu Vivo a réalisé un meeting le jeudi 15 octobre à Belém. Les interventions se sont centrées sur la destruction de la forêt amazonienne et les effets dramatiques de la construction de l’entreprise hydroélectrique Tucuruí sur le peuple amazonien et ses territoires.

En Uruguay, les organisations de la CONACHA (conseil de la nation Charrua) ont réalisé un meeting dans le centre ville de Montevideo, avec la participation de plusieurs organisations du mouvement social. Il a été question des ravages infligés à leurs forêts et leurs plan-ations soumises aux OGM et aux firmes multinationales, avec la complicité des différents gouvernements.

En Equateur, du 8 au 11 octobre ont été organisés des débats à l’initiative d’une douzaine d’organisations associatives, toutes centrées sur la dénonciation des opérations des firmes d’extraction du charbon, la protestation contre la déforestation de l’Amazonie, contre la privatisation des services, pour « la résistance au modèle capitaliste, pour l’exigence et le respect du droit à la résistance ».

Au Pérou la confédération des travailleurs des mines (CONACAMI), l’Association interethnique de développement de la forêt amazonienne (AIDESEP) et la Coordination andine des organisations indigènes (CAOI) ont réalisé à Santa Anita un meeting politique centré sur la criminalisation des protestations des indigènes et sur les propositions des ces peuples face au changement climatique, dont les pays développés et leurs multinationales sont responsables.

Au Guatemala, la manifestation unitaire du 12 octobre, à l’initiative de la coordination indigène et paysanne, ainsi que des organisations mayas, de droits humains, s’est conclue dans le sang, quand deux jeunes de 19 et 16 ans et un homme âgé, ont été criblés de balles par un inconnu en désaccord avec les revendications des indigènes.

En Colombie l’Autorité nationale du gouvernement indigène (ONIC) et des organisations associatives, politiques et universitaires, ont organisé une manifestation

Au Mexique, un appel à tous les peuples indigènes du pays et à leurs organisations a été publié, les invitant à construire dans l’unité un seul mouvement, pluriel et inclusif, afin de constituer un outil de leurs peuples pour la réfondation de l’Etat mexicain.

Au Panama la date a été célébrée par une marche de 19 jours qui s’est déroulée dans la capitale, Panamá, avec des représentants du mouvement indigène afin d’exiger le respect de leurs territoires et des droits sociaux. Le 12 octobre les peuples indigènes, les paysans et les organisations populaires ont manifesté devant le siège de la présidence de la république, pour exiger la reconnaissance de leurs droits, et pour dénoncer l’activité minière des firmes en activité dans leurs territoires.

En Bolivie, le Tribunal international de justice climatique a réuni les organisations sociales boliviennes ainsi que des réseaux internationaux pour dénoncer l’impact climatique et la « violation des droits des communautés, des peuples et de la mère terre ».

La plupart des manifestations dans le continent ont été renforcées par la Coordination andine des organisations indigènes – CAOI, dont les objectifs sont la défense de la Terre et des territoires ; l’unité avec la Pacha Mama (la nature) ; la construction d’Etats plurinationaux et de sociétés interculturelles ; la reconnaissance des droits des peuples indigènes ; la reconstitution de leurs peuples avec la consolidation de leur articulation internationale ; le développement de la légitimité et de l’influence politique internationale du mouvement indigène ainsi que des alternatives qu’il propose; l’arrêt de la criminalisation des revendications indigènes et la démilitarisation de leurs territoires. Actuellement la coordination dénonce les effets des projets de l’IIRSA sur les peuples.

A New York, des organisations de migrants péruviens et de latino américains ont participé à une marche devant les sièges du Consulat péruvien et des Nations Unies pour demander l’arrêt de la criminalisation de l’exercice de leurs droits et pour les droits des peuples indigènes.

En Suisse, le 12 octobre, une centaine de personnes ont marché dans le centre de Zug, devant les sièges des multinationales Xstrata et Glencore, pour protester contre l’exploitation des mines de charbon de Cerrejon en Colombie et contre les dégâts infligés au réservoir mondial de biodiversité en Patagonie, au Chili.

En France, la date du 12 octobre a donné lieu à l’organisation de plusieurs évènements du 10 au 31, à Paris autour d’un appel unitaire pour la solidarité avec les luttes des indigènes.

Les résistances exprimées par les peuples d’Amérique latine, sont en butte aux nouvelles tactiques des gouvernements des empires, et le coup d’Etat au Honduras est un test. En même temps, la dévastation des ressources n’est jamais remise en cause à cause des méga projets sur les territoires des originaires. C’est précisément pour cette raison qu’ils donnent rendez-vous non seulement pour se faire entendre à Copenhague, mais aussi pour préparer la suite…

Béatrice Whitaker


[1] Les informations sur le déroulement de cette journée sont accessibles sur :

http://www.minkandina.org/index.php?news=226

[2] Voir Bulletin Amérique latines en lutte, n° 2 du NPA.

[3] En 1992, à l’occasion des « commémorations » du cinquième siècle de l’arrivée des européens, les peuples originaires ont décidé de donner aux Amériques le nom d’Abya Yala.

EDITO : HONDURAS : NE RIEN LACHER !


Les derniers évènements en Honduras confirment que le putsch a constitué un banc d’essai pour relancer une stratégie de contrôle de la région par l’oligarchie locale et, indirectement, sous l’égide du Pentagone. Il s’agissait d’organiser un coup d’Etat militaire contre un président devenu incontrôlable et face à la montée du mouvement de masse, et ensuite « d’envelopper » le tout dans un processus de négociation politique et diplomatique, visant à donner une légitimité pseudo démocratique au pouvoir putschiste. Sous l’impulsion du gouvernement états-unien, l’accord passé -puis rompu- entre putschistes et le président élu (Manuel Zelaya), symbolise la continuité du pourrissement d’une situation, au travers d’une tactique de négociations engageant les gouvernements des pays de l’Organisation des Etats américains (OEA), pour aboutir à la destitution de fait du président déchu, par l’imposition des élections le 29 novembre. Etant donnée la résistance inattendue des mouvements sociaux et du « Front de résistance » honduriens et le rôle exercé par les gouvernements du Venezuela, de la Bolivie, de l’Equateur, les putschistes ont été obligés d’essayer de donner un aspect démocratique à l’issue des évènements. Les élections sont pourtant ressenties par les classes populaires mobilisées comme une mascarade institutionnalisée, ce qui a même provoqué le refus de l’Union européenne et de Miguel Insulza, président de l’OEA, d’envoyer des missions d’observation à cette occasion.

Néanmoins, de la même façon que le gouvernement états-unien, l’UE table aussi sur la dégradation des perspectives progressistes et l’affaiblissement du niveau des luttes dans la région . En 2003, l’UE a conclu des négociations en vue d’accords avec cinq pays de l’Amérique centrale, dont le Honduras, malgré les critiques des diverses organisations internationales. En effet, ces accords, dits d’association, continuellement relancés, ne sont souvent que des clauses réglementaires qui institutionnalisent le libre commerce et le néolibéralisme dans tout le continent. En mars 2009, les confédérations syndicales d’Europe et de l’Amérique latine ont mis en garde la Commission de négociation européenne à ce propos ; en avril 2009, Via Campesina dénoncait publiquement la politique agressive de l’UE (partiellement freinée suite à la sortie du Nicaragua de la table de discussions). La situation d’impasse au Honduras ne sert aucunement les intérêts impériaux de l’UE. Mais, l’obtention de l’interdiction de l’envoi d’observateurs européens pour le scrutin de novembre par les députés Verts n’est nullement suffisante et s’est même montrée dérisoire, car la Commission européenne a contourné la question en décidant d’envoyer deux « experts »… Pour la bourgeoisie européenne, il est vital d’arriver à un accord solide en 2010, lors du Sommet UE-Amérique centrale-Caraïbes (à Madrid).

dimanche 15 novembre 2009

agenda

Rassemblement en solidarité avec les travailleurs péruviens

Jeudi 26 Novembre 2009

RV de 16 à 19 heures

devant l’ambassade du Pérou,

50, avenue Kléber, Paris

rassemblement en solidarité avec les travailleurs péruviens et l’Association pour le développement de la forêt péruvienne (Aidesep).


Projection– débat

GUATEMALA

Jeudi 26 novembre 20h30

Cinéma Action Christine

4, rue Christine - 75006 Paris

M° Odéon, Saint-Michel

Prix des places : 6€ Tarif réduit 4,50€

Le film : The business of Gold : chronique d’un conflit (52’)

Le film montre comment la politique d’exploitation massive des ressources naturelles impulsée depuis les accords de paix a provoqué une hausse préoccupante de la conflictualité sociale en même temps que la violation systématique des droits des populations indigènes du Guatemala.


Rencontre européenne

des amis du MST

à Liepzig du 10 au 13 décembre.


Manifestation « climat »

Samedi 12 décembre

Copenhague, Danemark

Tous à Copenhague !


mercredi 11 novembre 2009

Referendum populaire à Caracas contre les bases US et contre le coup d’Etat au Honduras

Dimanche 25 octobre s’est déroulé dans le quartier 23 de Enero (l’un des plus pauvres de Caracas), le premier referendum contre les bases US et contre le coup d’Etat au Honduras.


Suite à l’annonce, par la Colombie, de l’installation de sept bases US sur son territoire, Evo Morales avait lancé un appel à un référendum populaire continental, afin d’inviter la population à se prononcer sur la politique impérialisme nord-américaine. Prenant au mot le président bolivien, Les groupes sociaux et politiques de 23 de Enero, quartier historiquement très militant, ont donc organisé cette consultation avec l'intention de promouvoir la mobilisation des peuples contre l’offensive nord-américaine. « Pour les Etats-Unis, l’Amérique Latine n'est pas un ensemble de nations indépendantes, mais un terrain à coloniser militairement pour profiter de la grande quantité de ressources naturelles dont elle dispose », explique Juan, l’un des organisateurs de la consultation. Et quand on lui demande pourquoi le referendum, mêle à la fois les bases américaines et le coup d’Etat au Honduras, Juan répond : « Parce que ca fait partie d’une seule et unique politique. Et cette consultation est aussi l’occasion pour nous d’envoyer nos salutations révolutionnaires en particulier à nos camarades de Colombie et du Honduras, de ces bastions de la résistance qui sont confrontés à des régimes fascistes. »



Contre le capitalisme
Pour Zulieka, autre dirigeante du quartier, « Ce n’est pas seulement une invitation à voter. Cette consultation doit être prise dans le cadre de la lutte pour changer le monde, comme une étape dans la lutte pour abattre le capitalisme et sa politique de guerre et d'ingérence qui méprisent ouvertement la souveraineté des peuples ». Tous sont persuadés que derrière les événements du Honduras et la politique colombienne, se cache la même volonté d’en finir avec le processus bolivarien, le mauvais élève de la classe, Et Zulieka de rajouter : « Ce que les Etats-Unis ne comprennent, c'est que les peuples du monde ont accumulé suffisamment d'expérience pour savoir que le capitalisme est c’exploitation, l'injustice, la faim, la répression et la misère. Le capitalisme doit être vaincu si on veut que le monde soit sauvegardé. Il faut se rappeller la phrase prémonitoire Rosa Luxembourg, Socialisme ou barbarie»


13 000 personnes ont voté
Et de fait, l’expérience est une réussite. Après 6 heures de vote, ce sont plus de 9000 personnes qui se sont exprimées. A ceux-ci, il convient d’ajouter les 4000 personnes qui ont voté par internet, la page web Aporrea ayant décidé de promouvoir le référendum. Au moment du comptage, les résultats sont sans surprise et affiche un 99% de contre. « Ce qu'il faut maintenant pour maintenir cet état de mobilisation anti-impérialiste et répéter cette expérience à travers le pays et le continent », affirme Staline Pérez, dirigeant de Marea Socialista. De fait, un appel à été lancé au sein de la UNT (principale centrale syndicale du pays) par Staline Pérez et par Marcela Maspero (dirigeante du courant CTR) pour «organiser des manifestations similaires dans les usines et lieux de travail». Nul doute, qu’une telle initiative fera des émules.

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mardi 6 octobre 2009

Washington amplifie sa présence militaire en Amérique latine

Face à montée de l’unité latino-américaine et au développement de blocs régionaux comme le sont l’ALBA (Alternative bolivarienne pour l’Amérique), PetroCaribe (accords pétroliers et sociaux), la Banque du Sud ou encore la Unasur (Union des Nations sudaméricaines) ; les Etats-Unis tentent de reprendre la main dans la région en augmentant drastiquement leur présence militaire.

Le gouvernement d'Alvaro Uribe a annoncé récemment son intention d’autoriser les Etats-Unis à utiliser sept bases militaires en territoire colombien, officiellement pour combattre le trafic de drogue et les groupes insurgés. De cette façon, Washington s’offre en fait une porte d’entrée sur tout le continent et ses ressources naturelles, parmi lesquelles l’Amazonie. La Colombie dispose en effet de cinq frontières (avec le Panama, le Venezuela, le Brésil, le Pérou et l'Equateur) et d’un accès à deux océans (Pacifique et Atlantique par la mer des Caraïbes).

Jusqu’à présent la politique de Washington avait consisté à surarmer la Colombie, son allié stratégique dans la région, et créer ainsi un déséquilibre militaire en faveur de celui-ci face à d’autres pays considérés comme des menaces potentielles. Stratégie bien connue et qui a fait ses preuves au Proche-Orient avec l’Etat d'Israël. Depuis 2000, les Etats-Unis ont apporté plus de 5,5 milliards de dollars à la Colombie à travers le Plan Colombia. Le pays est ainsi devenu le premier récepteur d’aide militaire étasunienne du continent et le troisième du monde.

Alors que les médias accusent fréquemment le Venezuela d’être le responsable d’une course aux armements en Amérique latine (notamment pour ses achats d’armes ou d’avions Sukhoi à la Russie), très peu se donnent la peine d’expliquer ce qui se passe en Colombie et quel budget y est dépensé en armement. Avec l’excuse de la "lutte contre le terrorisme" (dans ce cas-ci les FARC, l’ELN et les groupes paramilitaires d'extrêmes droite), les forces armées colombiennes sont en fait les mieux équipées du continent.

Alors que le Brésil, le plus grand pays du cône sud, consacre 1,5% de son PIB à la défense, la Colombie en consacre officiellement 3,8%. Et selon le journaliste uruguayen Raúl Zibechi, des études indépendantes estiment que les dépenses militaires de Bogota s’élèvent en réalité à 6,5% du PIB, bien au-dessus des dépenses des Etats-unis eux-mêmes en la matière.

De plus, la Colombie est aussi le pays qui destine la plus importante partie de son budget militaire à l’acquisition d’équipements, 25%. Alors que le Venezuela y destine dix fois moins, 2,3%. La Colombie dispose également de la plus grande armée du continent. Ses troupes sont passées de 86 000 effectifs en 1986 à 120 000 en 1994. Ce chiffre a ensuite doublé en à peine 15 ans avec le lancement du Plan Colombia, atteignant les 217 000 actuellement. Cependant, si on ajoute à cela la totalité des effectifs de défense, de sécurité et de police, on comptabilise 460 000 hommes. Face à cela, le Venezuela voisin ne pèse pas très lourd avec ses 63 000 hommes.

En plus des sept nouvelles bases dont ils disposeront très prochainement en Colombie, les Etats-Unis peuvent également compter sur leurs installations militaires dans les pays suivants : Honduras, El Salvador, Costa Rica, Pérou, Paraguay, ainsi que sur îles de Aruba, Curaçao, Puerto Rico et Cuba (Guantanamo). La fermeture de la base équatorienne de Manta (suite au refus du président Correa d’en renouveler le contrat) est donc plus que largement compensée.

Enfin, il est bon de rappeler qu’en juillet 2008 l’armée américaine avait réactivé sa Quatrième Flotte, chargée de patrouiller les mers du continent latino-américain. Cette flotte n’était plus active depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.